Du Vietnam au Laos, un passage de frontière chaotique…

Vendredi 22 décembre 

On dit qu’il faut savoir prendre de la distance sur certaines situations, j’attendrai donc le lendemain avant d’écrire cet article car hier soir à notre arrivée à Savannaketh au Laos, nous étions épuisés – pas que physiquement – et surtout très en colère.

Les passages de frontière ne sont jamais un moment de sérénité ici en Asie, rappelez-vous ce que je disais sur le Cambodge ; corruption, attente, parfois même moquerie. Hier, au poste frontière de Lao Bao au Vietnam, il n’en était rien. Un policier vietnamien nous a gentiment tamponné nos passeports pour notre sortie du territoire vietnamien et nous a dirigé au service d’à côté vers la police laotïenne pour notre « visa on arrival ». Visa que nous avons obtenu sans « pourboire » supplémentaire.

Pourquoi autant de colère alors me direz-vous ?! … Ecoutez maintenant ce récit d’une journée « en mode Pékin express » comme dirait mon frère 😉

Tout a commencé le mercredi 19 décembre, nous étions sur Hué à la recherche d’un bus pour passer au Laos. C’est simple, Hue – Savannaketh, il n’y a qu’un seul bus, il part à 7h et arrive à 17h ; oui oui vous comptez bien, il y a 10h de trajet… Nous comparons les prix entre l’agence ThethinTourist – agence destinée aux routards ici avec des boutiques dans les grandes villes vietnamiennes et un site internet – et notre hôtel. « It’s a good price ! » avait dit le gérant de notre hôtel. C’est effectivement le cas, 320 000 Dg par personne, environ 14$. Nous quitterons donc le Vietnam le lendemain.

Jeudi 20 décembre, 7h – Nous attendons notre pick up dans le hall de l’hôtel, le pick up c’est le transport de l’hôtel à l’autre transport que vous réservez, par exemple le bus, le train où l’avion ; je précise bien ce point car il a un rôle important dans notre histoire !

7h30 toujours rien… Ici en Asie, rares sont les pick up qui sont à l’heure, nous patientons donc encore un peu. Le gérant nous prévient enfin qu’il arrive « in five minutes ». Nous montons dans le van, à l’intérieur un autre touriste.

A notre arrivée à la gare routière, le chauffeur du van chercher un moment et s’arrête à côté d’un bus, il discute un moment avec le chauffeur, passe quelques appels, Ludo n’est pas confiant, il sent que quelque chose ne tourne pas rond. Je suis d’accord avec lui mais personne ne parle anglais…

8h30 – Quand nous montons à bord du bus, des cartons de partout, des colis, des sacs, des paquets… « C’est un bus de marchandises qu’on a réservé !! » me dit Ludo en souriant. Et ce n’est rien à côté de ce qui nous attend ! Le bus démarre et quelques minutes après il s’arrête dans une station-service. Nous attendons un moment à l’intérieur mais le temps devient long, avec Lily nous décidons alors de descendre pour chercher des toilettes. Et là quand j’aperçois les hommes charger le bus sur le toit, je me dis que le chargement de l’intérieur n’est rien comparé à celui qu’ils s’apprêtent à mettre au-dessus de nous !!

 

10h- Nous partons enfin de la station-service dans un « bus de marchandises ». Nous ne sommes que cinq touristes à l’intérieur, nous quatre et un israélien qui était avec nous dans le van du pick-up. Personne ne parle anglais dans le bus… Personne… Le trajet continue ainsi jusqu’à midi.

 

 

12h – Le bus s’arrête dans une nouvelle station-service, ne me dîtes pas que nous allons encore charger de la marchandise me dis-je. Tout le monde descend, alors nous suivons, « c’est peut-être la pause repas ? » me dit Ludo. Dehors, un homme du bus nous montre une direction en ajoutant « passeport, passeport !! » Serions-nous arrivés à la frontière ? Ludo s’avance alors dans la direction indiquée avec l’autre touriste pendant que je cherche des toilettes avec Lily et Jonas. Je vois revenir Ludo et … appelons-le « Jack » car avec toute cette journée nous n’avons même pas pris le temps d’échanger nos prénoms avec l’autre touriste ! Ludo revient donc avec Jack, ils ne comprennent pas où on doit aller… Et toujours pareil, personne autour de nous ne parle anglais. Un jeune homme finit par nous indiquer d’aller bien plus loin.

En avant, c’est parti, nous marchons. « Mais le bus s’en va dans l’autre sens… !! » dis-je à Ludo. Quand je vois partir le bus à sens inverse, je ne souris plus ; tous nos sacs sont à l’intérieur. 

 

 

Nous continuons donc d’avancer à pied dans la direction indiquée et nous apercevons au loin quelque chose qui ressemble à un poste frontière. « On doit sûrement passer la frontière à pied » tente de me rassurer Ludo « le bus doit nous attendre de l’autre côté » ajoute-t-il. Quand nous arrivons au poste de garde, nous sommes déjà inquiets pour le bus, pour nos sacs et maintenant pour les procédures de visa.

Comme je vous le disais au début de cet article, les formalités se déroulent tranquillement et bien plus sereinement que notre trajet depuis ce matin ! Sauf pour atteindre le bon poste de garde ! Descendu du bus à 800m environ du poste frontière, nous avons dû chercher un long moment, avancé, fais demi-tour, reparti pour arriver jusqu’ici. En chemin, un des gardes nous arrête « photo, photo ! » nous crie-t-il. Nous avons tous cru avec Jack et Ludo que nous devions lui donner nos photos pour les visas. Arrivés vers lui, il tend son téléphone à Jack et lui demande un selfie avec Lily et Jonas 😊 Il nous indiquera tout de même la direction du bon poste.

 

 

Un tampon « exit » côté vietnamien, un formulaire, une photo et 35$ côté laotien et nous avons notre visa ! « On peut rester combien de temps dans ce pays ? » me demande Jonas. Un mois ! « On ne va pas rester habiter ici maman … ?! » me questionne Jonas. Pourquoi ? « Moi je veux rentrer après le voyage, mes copains me manquent… » Aïe, cela faisait longtemps que Jonas n’avait pas exprimé son manque. Rien à voir avec le début de l’aventure tout de même. Je le rassure et il sourit. « It’s ok ! Welcome in Lao ! »  Une nouvelle page dans le passeport, un nouveau tampon et le voyage continue 😊 Comme quoi… Tous les gardes-frontières ne sont pas aussi « mauvais ».

 

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« Il est où le bus papa ?! » … Pas de bus. Au bord de la route, une gargote. Il est 14h30 et nous n’avons pas mangé, nous sommes partis depuis 7h30 ce matin et la faim se fait sentir. Pourtant quand je regarde autour de moi, rien ne me donne envie de manger… Rien à faire, le bus n’est toujours pas là, on s’asseoit.

« Regarde maman, c’est la petite fille du bus ! » me crie Lily et Jonas. Une jeune fille avec ces deux enfants est assise là, nous tentons de lui demander si elle attend le bus aussi ; elle nous regarde, sourit, elle ne comprend pas… Dans mon sac, une baguette et quelques kiri, « un sandwich au kiri ! » disent Jonas et Lily trop contents. Il en faut peu pour les contenter me dis-je. Bon ok, une baguette en Asie il faut la chercher tout de même 😉 Un sandwich et quelques rires, la petite fille se joint à nous, je lui tends un sandwich, elle le prend. Les enfants jouent un long moment en souriant, en rigolant. Un doux moment dans cette journée tendue, cela fait du bien.

 

15h – Le bus réapparaît au loin… Sont-ils allés manger ? Sont-ils allés décharger ou re charger encore de la marchandise ? … Nous ne le serons jamais.

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Quand nous remontons dans le bus, c’est une nouvelle énigme qui se présente… Ludo ne trouve plus sa liseuse ! « Où l’as-tu posé avant de descendre ? » Nous sommes tellement descendus vite du bus tout à l’heure à la station-service… Nous ouvrons les sacs à dos, cherchons sous les fauteuils, peut-être est-elle tombée par terre ? Rien. « Something miss you ? » demande Jack à Ludo. Ludo lui explique que sa liseuse a disparu. Nous continuons à chercher autour de nous, puis Jack se lève « Oh ! » Ludo le suit en direction du chauffeur, la tablette était là sur le tableau de bord bien cachée sous une couverture !!

Jack nous explique qu’en remontant dans le bus à la frontière pour récupérer son sac, le chauffeur avait pris peur et lui avait tendu la tablette, Jack lui avait alors répondu qu’elle n’était pas à lui ; donc quand Jack a entendu qu’il manquait la tablette à Ludo, il a tout de suite compris !!

Encore quelques heures de bus à tenir… Voyons le côté positif, la frontière est passée et nous avons notre visa 😊 Pourtant, la fatigue se faire sentir sans compter la colère qui commence à monter. Les enfants se posent, Lily s’endort même et la route continue. Les paysages sont au début montagneux, puis tout redevient plat.

 

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Il est 17h quand deux jeunes du bus s’approchent de nous pour tenter de nous expliquer quelque chose, oui tenter, car rien a changé depuis ce matin, personne ne parle encore anglais dans le bus. « Fifteen minutes ?? » Il ne reste que 15 minutes de trajet ? Avec Jack et Ludo nous nous regardons sans être trop certain de comprendre. Nous leurs faisons répéter mais toujours « fifteen » … Je prends un cahier j’écris alors 15 et je leurs montre « No ! » répondent-ils. J’écris 50, « Yes ! » Ok donc pas « fifteen » mais « fifty » ! On arrive dans 50 minutes se dit-on. En fait non… L’une des dames du bus range ses affaires et nous dit « Savannaketh ! » et nous montre qu’il va falloir descendre. Là on ne comprend plus rien…

Le bus s’arrête au bord de la route. Quelques personnes descendent, nouvel arrêt ? L’un des jeunes hommes vient chercher mon sac pour le sortir en disant « Savannaketh !! » Mais on n’est pas Savannaketh ??… Nous nageons dans la confusion la plus totale.

Nous devons descendre du bus. Au bord de la route, le jeune homme de toute à l’heure me répète une nouvelle fois « fifteen » en me montrant un van au bord de la route. Je commence à comprendre. Il vaut que nous payons 50 000 pour monter dans le van. « I already paid the bus !! » tentais-je de lui dire. Mais il ne parle toujours pas anglais ! C’est un dialogue de sourd. Nous nous retrouvons au bord de cette route, on ne sait où ; je regarde autour de moi, Lily et Jonas sont bien descendus du bus, Ludo et Jack sont là aussi ; notre bus commence à redémarrer mais « nous avons encore un sac dedans ! » criais-je à Ludo. Il a juste le temps de le rattraper au vol.

La nuit tombe, nous sommes au bord d’une route du Laos sans savoir si Savannaketh est loin ou non. Que faire ? Ni le chauffeur du van ne parle anglais, ni aucun des autres passagers… Ils nous demandent de l’argent pour aller jusqu’à Savannaketh ; « mais nous avons déjà payer le trajet jusqu’à Savannaketh ! » répétais-je. Le chauffeur commence à démarrer, je regarde Ludo complètement perdue, « il faut payer, on n’a pas le choix ! La nuit tombe, on ne sait pas où on est, on ne voit aucun taxi ! » Jack nous suit. Nous montons dans le van.

Avant de partir Ludo montre au chauffeur l’hôtel que nous avons réservé sur Savannaketh pour la nuit, « It’s ok ?? » Il regarde un moment le nom de l’hôtel, échange avec les autres passagers, re regarde le nom et… « ok, ok !! » Nous sommes sceptiques. « Tu crois qu’il a compris maman où on va ? Tu crois qu’on arrivera à Savannaketh ce soir ?!! » Le doute plane jusqu’à notre arrivée devant l’hôtel 40 minutes plus tard.

 

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Eprouvé, fatigué, en colère, ce n’est que tard dans la nuit que nous arriverons à trouver le sommeil avec Ludo. On dit souvent que c’est le passage de la frontière à proprement parlé qui pose le plus de difficulté aux voyageurs, cette journée montrera le contraire.

Nous avons bien réfléchi à ce qui avait pu se passer pour en arriver là. Le puzzle s’est construit quand nous avons repensé à notre pick up qui était arrivé très en retard à l’hôtel. A la gare routière de Hué, le chauffeur du pick up avait l’air affolé et perdu, il a discuté un moment avec ce chauffeur de bus et déjà Ludo suspectait quelque chose d’anormal ; mais quand le chauffeur nous a dit de monter dans le bus, à aucun moment nous avons douté que notre bus de Savannaketh était déjà parti !!

Cet article est là aussi pour alerter les voyageurs. De tout incident, il faut savoir tirer une leçon ; alors voici une règle que nous nous attacherons à suivre :

« Qui prend pick up 1 heure en retard, contrôle son bus avant le départ ! » 😉

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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