Mandalay, du sourire et des larmes.

Mardi 13 février

Je pourrai vous parler de Mandalay comme d’une ancienne ville royale, d’une capitale culturelle ou encore comme certains le disent d’une ville étouffante, chaotique et peu engageante ; mais je préfère vous parler de Mandalay à travers les regards que nous croisons et ces sourires qui cachent un autre Mandalay. « Maman, il y a trop de gens pauvres ici, regarde !! Même les enfants sont pauvres, ils sont tous pauvres ! » Nous sentons chez Jonas et Lily un regard bien différent depuis notre arrivée ici. En preuve, ce geste de Lily sur les berges de l’Irrawady avant-hier.

Nous venons d’arriver à l’embarcadère et nous tentons de négocier avec la compagnie de bateau le trajet Mandalay-Bagan pour après-demain. « Papa, tu peux me donner un billet ? » … « Lily ce n’est pas le moment. » … » Non mais papa c’est important ! » … « Maman… ?? » … « Après Lily, nous sommes occupés !» … Lily insiste, puis s’en même réfléchir, ouvre le sac, prend son paquet de mikado et le donne à cette jeune fille -qui doit avoir son âge- derrière nous. Pour ceux qui connaissent Lily, vous savez à quel point Lily aime ses mikados ! Sur le retour, Lily est pensive, nous la questionnons « Elle t’a touché Lily cette jeune fille ? » … « Elle était là depuis un moment avec son petit frère dans les bras, elle nous souriait mais elle avait l’air d’être si pauvre… Tu as vu comme elle était contente quand je lui ai donné !

 

Des moments comme celui-ci, nous en vivrons d’autres qui nous toucheront tous autant qu’ils sont ; le long de cet embarcadère, devant les pagodes, sur le chemin du palais royal et chaque jour devant notre hôtel…

« Maman, on a de l’argent nous, on pourrait en donner un peu à tous… » Oui Jonas, c’est vrai…

Ce matin, quand nous en discutons après le petit déjeuner avec Ludo, nous sommes tout autant bouleversés que les enfants. « Ce n’est pas de stylos et de cahiers qu’ils ont besoin ici ! » me dit Ludo, « ils ont d’abord besoin de manger et de se soigner ! » Le soir, Ludo monte lire un moment sur le toit de l’hôtel, d’ici nous pouvons observer la vie, la vraie, dehors en bas dans la rue.

« Tu vois cette dame en bas avec le pantalon vert, hier soir elle balayait une paillasse là-devant, puis elle a pris une couverture et s’est couchée là… Les enfants eux continuer à jouer là entre les voitures et les scooters… »

C’est cette même dame qui trie en ce moment les sacs de déchet qu’on lui jette au bord de la route. Ce manège de camions à ordure qui dépose les sacs poubelles depuis que nous sommes arrivés nous laisse penser que c’est un petit « arrangement » entre eux, un centre de tri à ciel ouvert permettant à cette dame et sa famille de pouvoir en retirer certainement un peu d’argent. Nous la voyons récupérer et ranger dans des caisses les bouteilles en verre, puis celles en plastique dans des gros sacs. Près d’elle, un homme – peut-être son mari ? –  trie des morceaux de charbons. Et autour, des enfants ici et là…

 

 

Des scènes comme celle-ci, nous en vivrons d’autres

Le soir de notre arrivée, une femme est assise là au bord de la route avec son bébé dans les bras. Il a l’air si mal en point… Et ce regard perdu de cette femme… Quoi faire ? « Achète-lui à manger ! Offre des soins au bébé ! » Notre réflexion de « privilégié » perd tout son sens devant de telles scènes. Quand je re pense à cette femme, ce n’est pas seulement ma sensibilité qui parle, mais mon cœur de maman ; « comment imaginer l’impuissance que cette femme doit ressentir avec son bébé qu’elle ne peut ni nourrir, ni soigner… ?! » Nous ne pouvons pas l’imaginer…

 

Des scènes comme celle-ci, nous en vivrons d’autres

Hier, au bord de l’Irrawady, nous attendons le départ d’un slow boat qui doit nous emmener jusqu’au village de Mingun de l’autre côté de la rive.

Il est 9h et la vie est déjà si animée. Des femmes, des hommes et des enfants chargent des bateaux de produits en tout genre. « Regarde maman, tu as vu cette dame là-bas, elle a l’air âgé, mais tu as vu ce qu’elle porte… C’est trop lourd pour elle ! » se désole Lily. Déjà en Indonésie au début de notre aventure, nous avions dû expliquer aux enfants qu’en Asie, « no job, no money » comme le disait notre guide Emanuel. « Mais il ne s’arrête jamais de travailler alors ?! » s’était inquiété Jonas. Ici au Myanmar, nous pressentons que cet « adage » sera encore plus criant de vérité.

« Non mais regarde, ils ont l’air trop fatigué et ils continuent ! » Les quelques enfants que nous croisons semblent… – comment dire ? – devoir grandir trop vite ; l’innocence de l’enfance ici tu oublies. « Vivre, survivre » devient leur priorité. Un peu plus haut de la berge, des bâches tendues qui servent de toit, devant un feu avec un poêle qui fait office de cuisine et le fleuve pour salle de bain à ciel ouvert. « Maman, regarde, il fait quoi le monsieur ?! » demande Jonas. « Il se lave Jonas… dans le fleuve… »

 

 

Des scènes comme celle-ci, nous en vivrons d’autres

Avant-hier, c’était à la pagode Kuthodaw, notre coup de cœur de Mandalay. Cette pagode est splendide, 729 petit stupas abritant chacun une page du livre de l’enseignement du Bouddhisme gravé sur une stèle de marbre. Se laisser bercer par la magie des lieux est un moment délicieux. Beaucoup de locaux viennent prier et s’y promener, mais pas que…

« Non mais maman, ce n’est pas normal ! C’est injuste ! – ma militante féministe se transforme en avocate des droits de l’enfant cette après-midi – Pourquoi la dame a grondé ces filles ? Elles ne faisaient rien de mal… Elles JOUAIENT ! » me dit Lily ; « elle est méchante ! » surenchérit Jonas.

Depuis quelques minutes, nous étions là dans une allée de la pagode à observer ces filles jouer à l’élastique ; des enfants jouant innocemment, riant et se chamaillant. La scène était si agréable ! Avec Jonas et Lily, nous avons ri tout autant qu’elle de les voir faire. Au loin, une jeune femme arrive et ne semble pas très contente… Les jeunes filles s’arrêtent net de jouer, rangent l’élastique, reprennent leurs paniers « de marchandes » et s’apprêtent à repartir. Nous observons la scène. La jeune femme les sermonne aussitôt, en gronde même certaines. « Mais elles n’ont rien fait de mal !! » … « Non Lily mais elles doivent travailler… » Le jeu n’avait pas sa place aujourd’hui pour ces filles, l’a-t-il d’ailleurs parfois ?… « Mais ce sont des enfants maman ! Elles ont le droit de jouer quand même ! » Oui… Mais avant elles doivent manger.

 

 

 

« Tu as vu ce qui avait changé chez notre voisine en face ? » me demande Ludo ce soir en rentrant à notre chambre. « ….. ?? » Je ne comprends pas où Ludo veut en venir… « Regarde sur sa paillasse, elle a trouvé un cuiseur à riz ! »

Cette après-midi, en rentrant de notre balade en scooter, nous avons décidé de nous arrêter au supermarché d’à côté. J’ai toujours en tête ce proverbe qui dit « si tu donnes à manger à un homme, il ne mangera qu’un jour, si tu lui apprends à pêcher, il mangera toujours. » Oui, évidemment, c’est vrai ; mais comme je le disais plus haut, devant de telles scènes, nos réflexions de « privilégié » perdent tout leur sens, l’urgence là c’est de manger.

Cette dame ne pourra peut-être nourrir sa famille que pendant une semaine avec ce sac de riz et de nourritures que nous lui déposons sur sa paillasse… C’est déjà une semaine.

« Quand je vois cela, j’ai l’impression d’être en Inde… » se confie Ludo. « Alors ne suis pas prête pour l’Inde… »

 

Vous l’aurez compris, cet article ne sera pas une « visite touristique » de notre séjour à Mandalay. Voici tout de même quelques photos pêle-mêle de nos coups de cœur ici à la pagode Kuthodaw et au pont d’U Bein. 😊

 

 

Où dormir à Mandalay ?

 

  • Moon Light Hôtel, 79 road between 27 and 28 street, Chanayetharzan Township, Mandalay

35€ la chambre quadruple avec petit-déjeuner.

Très bon emplacement en ville, les chambres sont propres, le personnel est très agréable. Le plus c’est le petit-déjeuner au 7ème étage, la vue de la terrasse sur Mandalay sont très agréables.

 

Où manger à Mandalay ?

 

  • Restaurant Shan Ma Ma

12 000 Kiats, environ 8€, le repas à 4.

Une adresse le premier soir de notre arrivée qui deviendra notre cantine pendant nos 3 jours ici. Locaux et touristes mangent ici très nombreux le soir ; pas de table de libre, aucune inquiétude, il ne leurs faut pas longtemps pour en ajouter une à côté d’autres déjà à moitié sur la route 😉 La cuisine y est très bonne, variée et les prix sont très correctes. Vous pouvez aussi prendre à emporter.

 

Où louer un scooter ?

  • Mandalay Motorbike rental and tour, au début de la 32 St

    demander Zac. 

15 000 Kiats le scooter automatique à la journée et 10 000 le semi automatique ; 25 000 la moto. 

 

 

 

 

5 réflexions sur « Mandalay, du sourire et des larmes. »

  1. Wahhh la visite de Mandalay a du être bouleversante et ça se sent dans le récit. Nous n’avions pas été confrontés à autant de misère lorsque nous étions au Myanmar alors que ça a été tout le contraire au Cambodge. J’espère que ça n’affectera pas votre ressenti du pays que nous avons pour notre part adoré ! Bisous de nous deux à vous 4 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. Coucou à vous 2 ! Au Cambodge, nous avions ressenti quelque fois ce sentiment de pauvreté mais honnêtement pas autant que ce que nous avons vu à plusieurs reprises ici. Je pense que tout dépend aussi des endroits et des circonstances dans lesquelles tu te trouves. Je ne sais pas si vous êtes allé au mont Popa dans la campagne autour de Bagan ? Nous avons été vraiment bouleversé… quand nous disons « du sourire et des larmes », c’est vraiment notre sentiment. On est dans un pays si beau avec des birmans si généreux et accueillant que la misère que nous y voyons nous fait d’autant plus mal. Nous partons de Kalaw ce matin pour rejoindre le Lac Inle, une belle pause à venir 😉 des gros bisous à vous 2 de nous 4😊

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