Inle ou le paradis sur l’eau

« Le soir, quand le soleil disparaît peu à peu derrière les collines et que l’eau clapote sur la coque des bateaux de pêche, il est tentant de s’imaginer que le reste du monde n’existe plus. »

 

 

J’en rêvais depuis plus de 10 ans ; me trouver là, assise, à regarder le soleil se coucher dans un décor absolument magique. Oui ; lac Inle rime avec beauté, une de ces beautés qui marque à tout jamais. Malheureusement aujourd’hui cette beauté est en danger, le célèbre lac Inle est en train de disparaître… Mais comment cela ; un lac disparaître ? Est-ce possible ?!

Que je vous explique…

 

Dimanche 25 février

Cela fait déjà 5 jours que nous sommes arrivés sur NyaungShwe – une petite ville au nord du lac –  deux jours à vélo, deux jours de trek, un jour de récupération à l’hôtel 😉 Aujourd’hui est un jour très spécial… Non, pas d’anniversaire, pas de fêtes locales, ni de cérémonies traditionnelles ; nous partons naviguer toute la journée sur le lac !

« Non mais maman on est obligé d’y aller ? C’est un lac, on l’a déjà vu ! » … « Ah non… Ce n’est pas UN lac, c’est LE lac Inle !! » leurs répondis-je toute excitée.

Connu pour ses pêcheurs qui glissent à la surface de ses eaux sur leurs barques à fond plat, ce lac est l’un des sites les plus magiques de l’Asie. A cela s’ajoute ce livre, « Birmane »,  il trône sur l’étagère de la maison depuis plus de 10 ans, ce livre qui m’a déjà fait voyager sur ce lac il y a plus de 10 ans ; alors on ne plaisante pas avec le lac Inle 😊

Pour s’offrir cette promenade en bateau à moteur, nous avons l’embarras du choix : hôtels, pensions, agences ou même directement à l’embarcadère, tous proposent une promenade d’une journée incluant la visite des sites célèbres au nord du lac, un monastère, un village flottant, des boutiques de fabrication de bijoux en argent, de fabrication de cigares, de tissage, des jardins flottants, Ywama et son village traditionnel des femmes Padaung au long cou, un marché traditionnel et le village d’Inthein. Beau programme tout cela sur une journée !

 

Quand nous réservons notre boat trip auprès d’une petite agence dans le centre de NyaungShwe, nous décidons tout de suite d’éliminer certains sites comme les boutiques de fabrication en tout genre, nous préférons les éviter sauf celle de fabrication de l’argent pour les enfants ; nous ne souhaitons pas non plus participer à l’attraction touristique des « femmes girafe » appelée ici « femme au long cou » pour éviter d’assimiler la femme à un animal. Qu’elle soit traditionnelle, unique ou ancestrale, cette coutume et l’image que véhicule ce tourisme ne nous enthousiasme pas, nous l’éviterons.

Un lien sur le sujet pour les plus curieux :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Padaung

 

Il faut aussi savoir une chose – je fais ma savante là mais pour être honnête je ne le savais pas moi-même avant d’arriver ici 😉 – c’est que le Myanmar sert de refuge pour toutes sortes de variétés d’oiseaux rares, notamment pour les oiseaux migrateurs de toute l’Asie du Sud Est. On dénombre plus de 1 000 espères d’oiseaux en Birmanie.

Long d’une vingtaine de kilomètres sur quatre kilomètres de large, le lac Inle est une zone protégée qui sert de lieu de repos pour les oiseaux migrateurs et de lieu de vie pour les sédentaires comme les canards sauvages, les cormorans ou les hérons.

« Non mais regarde papa comme c’est beau ! Regarde-les ! » s’étaient extasiés Lily et Jonas devant le spectacle. Que ce soit avec l’arbre aux hérons derrière l’hôtel ou ce soir en rentrant jusqu’à l’embarcadère ; au-dessus de nos têtes c’est un magnifique « bal » auquel nous avons droit.

 

 

Ici, le spectacle ne se limite pas à la faune et à la flore ; et même si l’on dit que le lac ressemble plus à la Suisse avec son climat frais et ses collines, la magie des lieux tient aussi à ses habitants.

Occupé par une centaine de milliers d’habitants répartis en plus de 70 villages, les Inthas – Fils du lac – parlent un vieux birman et ne vivent que sur le lac ou à proximité. L’origine de ce peuple reste mystérieuse et remonterait au 12ème siècle. On parle d’un roi qui aurait puni ce peuple révolté et résolu à ne pas se soumettre à sa domination ; ce roi les aurait réduits à l’esclavage et les aurait délocalisés dans quatre villages autour du lac. Entourés de montagnes hostiles, les ancêtres des Inthas n’auraient pu fuir et s’y seraient établi. Bon ok, il y a quand même pire comme « prison » quand même 😉

 

Agriculture, horticulture, pisciculture, riziculture : ici nous sommes au cœur de l’univers familier des Birmans, une merveille !

Malheureusement aujourd’hui, le lac connaît des bouleversements à mesure que sa population augmente, que son agriculture et sa pêche s’intensifie et que le tourisme de masse se développe. Le lac a ainsi vu diminuer sa superficie d’environ un tiers entre 1935 et 2000 ; « si la tendance se poursuit » affirme un responsable du Programme des Nations unies pour le développement « le lac pourrait bien avoir disparu d’ici dix à vingt ans ». Quand on se trouve face à cette étendue nous avons pourtant de la peine à le croire, devant nous cette immensité… Et pourtant…

 

Cette diminution s’explique notamment par la présence des jardins flottants qui vient s’ajouter à la pêche comme moyen de subsistance pour les Inthas.

« Mais comment ils font pour faire pousser des légumes sur l’eau ? Et pour les ramasser ? C’est quand même bizarre ! » s’était interrogé Jonas.

Les jardins flottants ce sont ces petites îles artificielles que l’on découvre aux abords des villages eux aussi flottants. Les villageois les construisent eux-mêmes en créant un tapis de plantes aquatiques comme les jacinthes d’eau auquel il mêle de la terre récupérée au fond du lac (en quantité limitée pour éviter que tout coule !) Les poteaux en bambou que l’on aperçoit au loin sont plantés pour éviter que ces îles ne dérivent.

 

Ces jardins flottants permettent aux habitants de cultiver fleurs, fruits et légumes qu’ils vendront ensuite sur les marchés.

« Regarde Jonas, ils sont en barque dans les jardins ! » s’exclame Lily. Nous les traversons et autour de nous des villageois sont à l’œuvre sur leurs barques. « C’est plus facile qu’en nageant ! » rigole Jonas. Ici poussent les meilleures tomates nous explique le guide – à titre d’information ces plantation alimentent toute la Birmanie en tomates pendant 4 mois ! – mais dans ces jardins on ne plante pas que des tomates : choux, salades, carottes, concombres et des fruits en tout genre…

 

Une autre particularité sur ce lac, ce sont les marchés. A tour de rôle, les bourgades du lac Inle et ses alentours accueillent dans la semaine un marché de producteurs, on parle ici des marchés de cinq jours. Flottants ou sur la terre ferme, les communautés montagnardes viennent y écouler leurs produits agricoles, leur bétail mais aussi leurs produits artisanaux.

 

 

« Prisonniers sur la terre mais libres sur l’eau », les ancêtres du peuple Intha se sont très vite lancés à la conquête du lac pour y assurer leur liberté en y construisant des villages lacustres imprenables. Montées sur pilotis, ces maisons semblent s’élever vers le ciel. « Ils doivent être tristes les gens qui vivent ici » me confie Jonas lorsque nous traversons ce village flottant. Pauvreté ? Eloignement de la terre ferme ? Difficulté pour se déplacer ?…  J’essaie alors de comprendre où Jonas veut en venir.  « Non mais comment ils font les enfants pour jouer dehors ?! » me répond-il 😉 « Ils n’ont pas d’endroit pour jouer ensemble… » Nos regards sont tellement différents, j’en souris encore.

 

 

« Libérés sur l’eau », ces hommes commencèrent par apprendre à pêcher dans ces eaux. Malgré une profondeur qui peut aller jusqu’à cinq mètres, les fonds du lac apparaissent parfois très clairement avec les algues. Les Fils du lac inventèrent alors une technique de pêche inconnue des Birmans, une technique à trois mains ! Trois mains… ?! Mais ils la sortent d’où cette troisième main ?! 😊

Les poissons étant visibles sous l’eau, lignes et hameçons leurs sembla alors inutiles. Ils inventèrent des filets-nasses montés sur une armature de bambous. Lorsqu’un poisson se cache sous les algues, il suffit de plaquer la nasse au-dessus et de piquet le fond avec un trident pour le faire remonter vers le filet ; mais cette opération nécessite trois mains et un pied, une pour maintenir la nasse sur le fond, une pour manœuvrer le trident, une pour tenir la rame et un pied pour rester en équilibre à l’arrière de la pirogue. Faute de main supplémentaire, les Inthas ont donc utilisé un pied pour ramer !

 

 

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Au centre du lac se dresse un monastère emblématique, celui de Nga Phe Chaung, autrefois appelé le « monastère des chats sauteurs ». Des chats sauteurs ?! Après les jardins flottants, les pêcheurs à trois mains…  Des chats sauteurs maintenant !… La folie les gagne là-bas en Asie !! 😉

Autrefois, les moines avait pris pour habitude d’y recueillir les chats, de les domestiquer et de les dresser pour sauter dans des cerceaux ; aujourd’hui les chats sont toujours là mais ils ne sautent plus, nous ne pourrons donc pas vous assurer si ces charmants petits félins peuvent bien être domptés ou pas…

 

Ce monastère n’en reste pas moins impressionnant ; dressé sur pilotis, il est remarquablement bien conservé. « C’est magnifique ! » pensons-nous de suite en passant l’entrée avec Ludo. La pièce principale est immense, tout en bois, des dizaines de piliers en teck, certains recouverts d’or et ces statues alignés là. A l’extérieur, le spectacle continue ; la vue sur les jardins et le lac est splendide.

 

Nous poursuivons avec notre sampan – le nom que l’on donne à ces pirogues à moteur – plus au sud du lac jusqu’au village d’Inthein. Le sampan file le long de cet étroit canal envahi de végétation et de roseaux. Sur les rives, quelques femmes en file indienne rejoignent leur village, des sacs sur la tête, la journée dans les jardins semble terminée pour elle ; plus loin, il semble être l’heure du bain pour cet homme, pour d’autres l’heure de la lessive.

 

Pour les enfants, ce sera l’heure de la baignade arrivés à Inthein ; à la grande surprise de notre guide ! Inthein est connu pour son temple Shwe Inn Thein sur les hauteurs, 1 054 stupas se dressent sur le flan de la colline, plus haut après une petite séance de grimpette une vue encore plus grandiose sur le lac et la vallée, mais nous ne la verrons pas. Ma cheville n’est pas en bon état et Lily et Jonas n’en sont que plus contents ; Papa aussi, c’est la pause bière 😉

 

La fin d’après-midi approche, il est temps pour nous de prendre le chemin du retour, un bus de nuit nous attend et une nuit bien confortable avec 😉 J’ironise là ! Nous quittons NyaungSwhe pour Yangon ce soir.

Yangon, capitale du Myanmar, Yangon et sa chaleur étouffante, Yangon et sa circulation. Cela va nous changer… Adieu la fraîcheur de nos soirées, adieu ce cadre idyllique, adieu aux majestueux couchers de soleil…  Ce soir, je quitte le lac Inle avec un doux sentiment d’avoir eu cette chance de le découvrir, de le vivre peut-être avant qu’il ne soit trop tard, comme un rêve qui devient réalité…

 

 

 

 

4 réflexions sur « Inle ou le paradis sur l’eau »

    1. Merci Aline, tu es adorable 😊 Et le jour tu y vas, dis le moi, autant j’y retournerai 😉 Nous aurions alors peut être l’occasion de faire ENFIN un bout de route ensemble 😋J’espère que le Laos vous plaît toujours autant et que les microbes ont tous disparu. Des gros bisous à vous 4. À bientôt

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