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Inle ou le paradis sur l’eau

« Le soir, quand le soleil disparaît peu à peu derrière les collines et que l’eau clapote sur la coque des bateaux de pêche, il est tentant de s’imaginer que le reste du monde n’existe plus. »

 

 

J’en rêvais depuis plus de 10 ans ; me trouver là, assise, à regarder le soleil se coucher dans un décor absolument magique. Oui ; lac Inle rime avec beauté, une de ces beautés qui marque à tout jamais. Malheureusement aujourd’hui cette beauté est en danger, le célèbre lac Inle est en train de disparaître… Mais comment cela ; un lac disparaître ? Est-ce possible ?!

Que je vous explique…

 

Dimanche 25 février

Cela fait déjà 5 jours que nous sommes arrivés sur NyaungShwe – une petite ville au nord du lac –  deux jours à vélo, deux jours de trek, un jour de récupération à l’hôtel 😉 Aujourd’hui est un jour très spécial… Non, pas d’anniversaire, pas de fêtes locales, ni de cérémonies traditionnelles ; nous partons naviguer toute la journée sur le lac !

« Non mais maman on est obligé d’y aller ? C’est un lac, on l’a déjà vu ! » … « Ah non… Ce n’est pas UN lac, c’est LE lac Inle !! » leurs répondis-je toute excitée.

Connu pour ses pêcheurs qui glissent à la surface de ses eaux sur leurs barques à fond plat, ce lac est l’un des sites les plus magiques de l’Asie. A cela s’ajoute ce livre, « Birmane »,  il trône sur l’étagère de la maison depuis plus de 10 ans, ce livre qui m’a déjà fait voyager sur ce lac il y a plus de 10 ans ; alors on ne plaisante pas avec le lac Inle 😊

Pour s’offrir cette promenade en bateau à moteur, nous avons l’embarras du choix : hôtels, pensions, agences ou même directement à l’embarcadère, tous proposent une promenade d’une journée incluant la visite des sites célèbres au nord du lac, un monastère, un village flottant, des boutiques de fabrication de bijoux en argent, de fabrication de cigares, de tissage, des jardins flottants, Ywama et son village traditionnel des femmes Padaung au long cou, un marché traditionnel et le village d’Inthein. Beau programme tout cela sur une journée !

 

Quand nous réservons notre boat trip auprès d’une petite agence dans le centre de NyaungShwe, nous décidons tout de suite d’éliminer certains sites comme les boutiques de fabrication en tout genre, nous préférons les éviter sauf celle de fabrication de l’argent pour les enfants ; nous ne souhaitons pas non plus participer à l’attraction touristique des « femmes girafe » appelée ici « femme au long cou » pour éviter d’assimiler la femme à un animal. Qu’elle soit traditionnelle, unique ou ancestrale, cette coutume et l’image que véhicule ce tourisme ne nous enthousiasme pas, nous l’éviterons.

Un lien sur le sujet pour les plus curieux :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Padaung

 

Il faut aussi savoir une chose – je fais ma savante là mais pour être honnête je ne le savais pas moi-même avant d’arriver ici 😉 – c’est que le Myanmar sert de refuge pour toutes sortes de variétés d’oiseaux rares, notamment pour les oiseaux migrateurs de toute l’Asie du Sud Est. On dénombre plus de 1 000 espères d’oiseaux en Birmanie.

Long d’une vingtaine de kilomètres sur quatre kilomètres de large, le lac Inle est une zone protégée qui sert de lieu de repos pour les oiseaux migrateurs et de lieu de vie pour les sédentaires comme les canards sauvages, les cormorans ou les hérons.

« Non mais regarde papa comme c’est beau ! Regarde-les ! » s’étaient extasiés Lily et Jonas devant le spectacle. Que ce soit avec l’arbre aux hérons derrière l’hôtel ou ce soir en rentrant jusqu’à l’embarcadère ; au-dessus de nos têtes c’est un magnifique « bal » auquel nous avons droit.

 

 

Ici, le spectacle ne se limite pas à la faune et à la flore ; et même si l’on dit que le lac ressemble plus à la Suisse avec son climat frais et ses collines, la magie des lieux tient aussi à ses habitants.

Occupé par une centaine de milliers d’habitants répartis en plus de 70 villages, les Inthas – Fils du lac – parlent un vieux birman et ne vivent que sur le lac ou à proximité. L’origine de ce peuple reste mystérieuse et remonterait au 12ème siècle. On parle d’un roi qui aurait puni ce peuple révolté et résolu à ne pas se soumettre à sa domination ; ce roi les aurait réduits à l’esclavage et les aurait délocalisés dans quatre villages autour du lac. Entourés de montagnes hostiles, les ancêtres des Inthas n’auraient pu fuir et s’y seraient établi. Bon ok, il y a quand même pire comme « prison » quand même 😉

 

Agriculture, horticulture, pisciculture, riziculture : ici nous sommes au cœur de l’univers familier des Birmans, une merveille !

Malheureusement aujourd’hui, le lac connaît des bouleversements à mesure que sa population augmente, que son agriculture et sa pêche s’intensifie et que le tourisme de masse se développe. Le lac a ainsi vu diminuer sa superficie d’environ un tiers entre 1935 et 2000 ; « si la tendance se poursuit » affirme un responsable du Programme des Nations unies pour le développement « le lac pourrait bien avoir disparu d’ici dix à vingt ans ». Quand on se trouve face à cette étendue nous avons pourtant de la peine à le croire, devant nous cette immensité… Et pourtant…

 

Cette diminution s’explique notamment par la présence des jardins flottants qui vient s’ajouter à la pêche comme moyen de subsistance pour les Inthas.

« Mais comment ils font pour faire pousser des légumes sur l’eau ? Et pour les ramasser ? C’est quand même bizarre ! » s’était interrogé Jonas.

Les jardins flottants ce sont ces petites îles artificielles que l’on découvre aux abords des villages eux aussi flottants. Les villageois les construisent eux-mêmes en créant un tapis de plantes aquatiques comme les jacinthes d’eau auquel il mêle de la terre récupérée au fond du lac (en quantité limitée pour éviter que tout coule !) Les poteaux en bambou que l’on aperçoit au loin sont plantés pour éviter que ces îles ne dérivent.

 

Ces jardins flottants permettent aux habitants de cultiver fleurs, fruits et légumes qu’ils vendront ensuite sur les marchés.

« Regarde Jonas, ils sont en barque dans les jardins ! » s’exclame Lily. Nous les traversons et autour de nous des villageois sont à l’œuvre sur leurs barques. « C’est plus facile qu’en nageant ! » rigole Jonas. Ici poussent les meilleures tomates nous explique le guide – à titre d’information ces plantation alimentent toute la Birmanie en tomates pendant 4 mois ! – mais dans ces jardins on ne plante pas que des tomates : choux, salades, carottes, concombres et des fruits en tout genre…

 

Une autre particularité sur ce lac, ce sont les marchés. A tour de rôle, les bourgades du lac Inle et ses alentours accueillent dans la semaine un marché de producteurs, on parle ici des marchés de cinq jours. Flottants ou sur la terre ferme, les communautés montagnardes viennent y écouler leurs produits agricoles, leur bétail mais aussi leurs produits artisanaux.

 

 

« Prisonniers sur la terre mais libres sur l’eau », les ancêtres du peuple Intha se sont très vite lancés à la conquête du lac pour y assurer leur liberté en y construisant des villages lacustres imprenables. Montées sur pilotis, ces maisons semblent s’élever vers le ciel. « Ils doivent être tristes les gens qui vivent ici » me confie Jonas lorsque nous traversons ce village flottant. Pauvreté ? Eloignement de la terre ferme ? Difficulté pour se déplacer ?…  J’essaie alors de comprendre où Jonas veut en venir.  « Non mais comment ils font les enfants pour jouer dehors ?! » me répond-il 😉 « Ils n’ont pas d’endroit pour jouer ensemble… » Nos regards sont tellement différents, j’en souris encore.

 

 

« Libérés sur l’eau », ces hommes commencèrent par apprendre à pêcher dans ces eaux. Malgré une profondeur qui peut aller jusqu’à cinq mètres, les fonds du lac apparaissent parfois très clairement avec les algues. Les Fils du lac inventèrent alors une technique de pêche inconnue des Birmans, une technique à trois mains ! Trois mains… ?! Mais ils la sortent d’où cette troisième main ?! 😊

Les poissons étant visibles sous l’eau, lignes et hameçons leurs sembla alors inutiles. Ils inventèrent des filets-nasses montés sur une armature de bambous. Lorsqu’un poisson se cache sous les algues, il suffit de plaquer la nasse au-dessus et de piquet le fond avec un trident pour le faire remonter vers le filet ; mais cette opération nécessite trois mains et un pied, une pour maintenir la nasse sur le fond, une pour manœuvrer le trident, une pour tenir la rame et un pied pour rester en équilibre à l’arrière de la pirogue. Faute de main supplémentaire, les Inthas ont donc utilisé un pied pour ramer !

 

 

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Au centre du lac se dresse un monastère emblématique, celui de Nga Phe Chaung, autrefois appelé le « monastère des chats sauteurs ». Des chats sauteurs ?! Après les jardins flottants, les pêcheurs à trois mains…  Des chats sauteurs maintenant !… La folie les gagne là-bas en Asie !! 😉

Autrefois, les moines avait pris pour habitude d’y recueillir les chats, de les domestiquer et de les dresser pour sauter dans des cerceaux ; aujourd’hui les chats sont toujours là mais ils ne sautent plus, nous ne pourrons donc pas vous assurer si ces charmants petits félins peuvent bien être domptés ou pas…

 

Ce monastère n’en reste pas moins impressionnant ; dressé sur pilotis, il est remarquablement bien conservé. « C’est magnifique ! » pensons-nous de suite en passant l’entrée avec Ludo. La pièce principale est immense, tout en bois, des dizaines de piliers en teck, certains recouverts d’or et ces statues alignés là. A l’extérieur, le spectacle continue ; la vue sur les jardins et le lac est splendide.

 

Nous poursuivons avec notre sampan – le nom que l’on donne à ces pirogues à moteur – plus au sud du lac jusqu’au village d’Inthein. Le sampan file le long de cet étroit canal envahi de végétation et de roseaux. Sur les rives, quelques femmes en file indienne rejoignent leur village, des sacs sur la tête, la journée dans les jardins semble terminée pour elle ; plus loin, il semble être l’heure du bain pour cet homme, pour d’autres l’heure de la lessive.

 

Pour les enfants, ce sera l’heure de la baignade arrivés à Inthein ; à la grande surprise de notre guide ! Inthein est connu pour son temple Shwe Inn Thein sur les hauteurs, 1 054 stupas se dressent sur le flan de la colline, plus haut après une petite séance de grimpette une vue encore plus grandiose sur le lac et la vallée, mais nous ne la verrons pas. Ma cheville n’est pas en bon état et Lily et Jonas n’en sont que plus contents ; Papa aussi, c’est la pause bière 😉

 

La fin d’après-midi approche, il est temps pour nous de prendre le chemin du retour, un bus de nuit nous attend et une nuit bien confortable avec 😉 J’ironise là ! Nous quittons NyaungSwhe pour Yangon ce soir.

Yangon, capitale du Myanmar, Yangon et sa chaleur étouffante, Yangon et sa circulation. Cela va nous changer… Adieu la fraîcheur de nos soirées, adieu ce cadre idyllique, adieu aux majestueux couchers de soleil…  Ce soir, je quitte le lac Inle avec un doux sentiment d’avoir eu cette chance de le découvrir, de le vivre peut-être avant qu’il ne soit trop tard, comme un rêve qui devient réalité…

 

 

 

 

32 km à pied, ça use, ça use…

32 km à pied… « Nous sommes trop fatigués » dit Lily, « rincé » murmure papa, « enfin arrivés ! » crie Jonas ; « tout cassé » conclue maman en boitant… 😉

Quand nous avions booké ce trek de 2 jours, nous n’avions pas réfléchi à cette épouvantable chaleur et aux 40 km à vélo que nous ferions les deux jours précédents autour du lac Inle ! Ce soir, ce sont les locaux qui rient de nous voir passer « ma cheville en moins et moi » sur le dos de Ludo quand nous rentrons ou rampons – cela dépend comme on voit la chose 😊 – jusqu’à notre chambre ; mais ce soir c’est aussi avec des merveilleux souvenirs plein la tête que nous nous couchons.

 

 

Vendredi 23 février

8h00 – « Good morning, my name is Lin Nwe, are you ready ?! » Nous y répondons avec un timide « yes », nos jambes sont encore bien endolories de nos 2 jours à vélo.

Beaucoup de touristes choisissent de faire le trek de Kalaw jusqu’ici, c’est le plus prisé nous explique le guide ; peu décide de découvrir « The Red Mountain ». Nous avions hésité nous aussi pour être honnête. La plupart des guides et des blogs décrivent le paysage entre Kalaw et Inle avec tellement de magie que le trek est encore plus tentant. 60 km séparent Kalaw de NyaungShwe au bord du lac Inle et même à travers les montagnes nous craignons que le trek soit trop ardu pour Lily et Jonas.

Nous avions donc fait le choix du train local pour venir jusqu’ici, j’avais lu que ce trajet en train offrait une belle alternative au bus tout en permettant de profiter du paysage à défaut de la marche 😉Et c’est le cas.

 

 

Mais revenons à ce matin, « maman, ça fait déjà 10 minutes qu’on marche ! » me dit Jonas montre en main. Houlala… la journée risque d’être longue… 5 minutes passent… « ça va toi ? Tes jambes ?! » me demande Ludo. Je crois qu’elles sont dans le même état que lui ! Oui, la journée risque d’être très longue… Nous n’avons pas encore osé demander à Lin Nwe la distance prévue aujourd’hui, ni le temps de marche, je crois que nous ne sommes pas prêts à l’entendre tout de suite 😉

Quelques minutes plus tard nous quittons la ville de NyaungShwe et très rapidement « ça monte !!! » Personne ne parle. Puis le paysage change, des étendues très sèches apparaissent, quelques collines et cette poussière qui ne nous quittera pas pendant ces deux jours.

 

Après une première petite ascension – je dis cela maintenant car je connais la suite mais je puis vous assurer que sur le moment je ne l’ai pas vécu comme « petite » – nous arrivons dans un premier village.

Lin Nwe se dirige vers une grotte, celle de Ta Eim nous dit-il, elle renferme environ 500 Bouddhas. « Encore des Bouddhas… Mais ils ne s’arrêtent jamais ici même dans les grottes des montagnes ! » dit Lily

 

Il est « déjà » temps de repartir… Jonas regarde sa montre, il a même enclenché son chrono depuis que nous avons quitté la ville… « Ah non Jonas ! Je ne veux pas savoir depuis combien de temps nous marchons, non, non, non !! » Autant ne pas me démotiver tout de suite 😉

Et ça grimpe…. Lin Nwe se retourne et sourit « Today we go up, tomorrow we go down ! » s’exclame-t-il. Voilà, le ton est donné ! « Ça veut dire quoi « go up » ??! » demandent les enfants. « Monter » ça veut dire « monter » … !!

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La chaleur nous terrasse sur place, il est 10h et nous sommes déjà « liquide ». Lin Nwe nous propose une petite pause à l’ombre, pause qui se transforme en découverte gustative. A côté de nous, un arbre à tamarin et un jacquier. Curieuse, je demande à Lin Nwe à quoi ressemble le fruit de l’arbre à tamarin, je connais la pâte avec laquelle on peut cuisiner mais je n’ai jamais vu le fruit. En quelques secondes Lin Nwe est déjà en haut de l’arbre et nous décroche quelques-uns de ces fruits. J’ouvre l’écosse et je découvre alors ce fruit, plutôt étrange. « You can tast ! » me dit-il, j’ose et je goûte. C’est très acide, j’ai l’impression de croquer dans un citron.

 

A côté les fruits du jacquier sont bien plus gros. Le jacquier est un arbre cultivé dans la plupart des régions tropicales, majoritairement en Asie du Sud-Est pour son fruit comestible appelé le « fruit du pauvre ». Le fruit a une odeur forte et sucrée, on peut manger sa chair crue ou le cuire en plat salé pour préparer un plat traditionnel.

 

Quand Lin Nwe nous propose de repartir, j’avoue qu’il nous faut une belle motivation ; la chaleur est encore montée et ce n’est rien face à ce qui nous attend… « Today, we go up ! », il ne nous avait pas mentis… Nous ne croisons que peu de monde ici, quelques locaux travaillant leurs terres, une femme ramasse des racines curcuma, au loin un homme coupe des arbres, un autre retourne sa terre. Il n’y a que très peu de touristes qui viennent jusqu’ici pour un trek nous avait expliqué Lin Nwe, il dit vrai.

 

Au loin nous apercevons quelques flammes, nous avions déjà remarqué ces parcelles de terre noircies sur les versants des montagnes autour du lac, mais là, le feu est plus proche… Nous interrogeons Lin Nwe sur l’origine de ces feux et leur intérêt, il nous explique que les propriétaires des terres allument délibérément des feux non pas pour mieux cultiver leur terre comme je le pensais, mais pour renouveler l’herbe fraîche qui est brûlé par le soleil afin de permettre au bétail de paître.

« Mais maman regarde ! Ils détruisent la forêt ! Les arbres !! » s’inquiète Jonas. « Et puis c’est dangereux ! » ajoute Lily. Je suis bien d’accord avec Lily, d’autant que le vent souffle et les flammes se rapprochent parfois trop près de nous…  Lin Nwe ne semble pas inquiet. Nous poursuivons.

 

« Break, break, break ! » tente Jonas une fois rassuré suffisamment loin des flammes. « Ok break ! » Lin Nwe en profite pour nous montrer notre destination de ce soir… « You see this mountain ? We go over there ! » … Je vois bien la montagne et j’ai bien compris que ce n’était pas de la première dont il nous parlait… Lily regarde dans la direction, j’attends sa remarque…

« Il a dit quoi en fait ? Il nous montre quoi papa ?! » …

« La montagne là-bas » …

« Oui et bien quoi la montagne au fond là-bas, qu’est-ce qu’elle a ?! » …

Nous hésitons à lui dire tout de suite ! … « C’est derrière celle-ci que nous dormons ce soir !! » Oui nous avons osé !

J’aimerai vous dire qu’il y ait eu un bref silence mais ce n’est pas le cas, nous avons eu droit à une jolie séance de « mais vous êtes tous fous ou quoi !!! »

Puis, nous reprenons notre ascension et cette fois en silence…

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« C’est quand qu’on mange ? Parce qu’on va quand même manger non ? On ne va pas faire que marcher ! » nous questionne notre douce Lily. Il est 13h et nous ne sommes plus très loin du prochain village de Nan Nwe.

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Sur notre chemin, nous découvrons d’immenses champs de plants de tabac. Note guide nous explique que la région est très pauvre ici, ce peuple des montagnes vit essentiellement de cette récolte ainsi que de leurs productions de légumes, de curcuma et d’ail qu’ils descendre vendre au marché de la ville.

 

Nous sommes gentiment accueillis dans une des maisons du village pour le repas, Lin Nwe s’improvise cuisinier, nous avons même droit à notre premier festin avec lui – à ce moment là nous n’avions pas encore idée de ce qui nous attend le soir … – « c’est la meilleure salade d’avocat que j’ai mangé ! » me confie Ludo. Et comme bon repas rime avec petite sieste, nous ne nous faisons pas prier et acceptons bien volontiers cette « pause à rallonge » !

 

« Just one and half hour ! » nous rassure Lin Nwe avant de repartir. Il est 15h et nous n’arriverons pas tard à son village pour y passer la nuit. « Today, we go up » rappelez-vous ! Et bien, cela continue… Il nous en reste encore une belle de montagne à traverser, elle se dresse bien là devant nous quand nous quittons le village de Nan Nwe. Au fur et à mesure que nous montons, le panorama qui se dresse devant nous au loin est impressionnant.

« Maman, on est bientôt arrivé en haut ! » me crie Jonas devant. Je lève la tête et je les vois passer de l’autre côté 😊

 

Le village de Yin Pya se trouve juste à côté d’un monastère, Lin Nwe nous propose gentiment d’aller le visiter pendant qu’il nous prépare le repas. Il nous reste encore un peu d’énergie alors nous nous aventurons sur les quelques mètres qui nous sépare des lieux.

L’endroit nous paraît être plus un havre de paix pour une retraite qu’un monastère vivant comme nous avions pu en voir auparavant. Les bâtiments semblent vides, un moine s’approche de nous ; Lily et Jonas sont déjà au loin en train d’explorer les lieux. « You can speak in english with monk ! » nous avait confié Lin Nwe avant de partir mais au premier coup d’œil nous voyons la difficulté… Avec Ludo nous échangeons des regards « à qui comprendra le mieux ce que ce moine tente de nous raconter… » 😉

Le temps passe, les lumières changent et la chaleur tombe ; nous apprécions cette « petite » fraîcheur et nous en profitons pour redescendre au village, rejoindre notre toit pour la nuit. Dans la maison, trois jeunes enfants nous attendent, curieux, une plus timide que les deux autres. Deux d’entre eux sont le neveu et nièce de Lin Nwe, quelques regards s’échangent et très vite la maisonnée devient un « mini passepartout » comme dit Ludo. Nous passons de 4 enfants à 6 puis 10 !! Dans nos sacs quelques ballons gonflables ont transformé cette fin de journée en moment féérique pour tous ces enfants y compris les nôtres !

 

L’agitation bat son plein, nous tentons de ramener un peu de calme ; au regard du frère de Lin Nwe je ne suis pas certaine qu’il permette autant d’excitation habituellement dans sa maison, la maman quant à elle sourit, je la surprends même à rire en voyant cette « fête ». Je décide de sortir quelques crayons et des feuilles, mon stratagème de retour au calme marche à merveille 😉 Ni une ni deux, les enfants s’arrachent les crayons et se transforment en artiste le temps d’un soir…

 

 

Pendant ce temps dehors la nuit tombe, une délicieuse odeur s’échappe de la pièce d’à côté, Lin Nwe est aux fourneaux depuis notre arrivée. « Crois-tu qu’il y ait un endroit pour faire une toilette ? » demandais-je à Ludo. Il semble aussi sceptique que moi… Ludo tente quand même « Where is the bathroom ? » … Je vois Ludo sortir de la maison et revenir quelques minutes après avec un sourire qui en dit long « Je crois que la salle de bain, c’est le même endroit que les toilettes ! » … Ok, ce soir la douche on oublie et pourtant elle aurait été bienvenue ! Entre la chaleur et cette poussière toute la journée nous nous sentons tout poisseux.

Il est 19h, la joyeuse tribu d’artistes a quitté les lieux ; quand je vois la belle-sœur de Lin Nwe déplier les nattes au sol j’en déduis que nous dormirons ici ce soir. Elle ne dispose pas moins de sept couvertures sur nos matelas au sol, la nuit risque d’être fraîche !

Puis, Lin Nwe commence son ballet entre la cuisine et notre table, chaque plat qu’il nous apporte semble meilleur que le précédent ; soupe de citrouille, pois cassés, légumes variés, du poulet cuisiné, du chou, du riz ; face à nous un vrai festin ! J’en ai même honte d’avoir une table aussi pleine quand je connais la pauvreté de ce village. Lin Nwe a passé tellement de temps et semble si content de nous partager sa cuisine que nous décidons d’y faire honneur.

 

Il est 20h, nous nous cachons sous notre pile de couverture, il ne faudra pas longtemps à tout le monde ce soir pour rejoindre les bras de morphée 😉

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Samedi 24 février

5h – J’ouvre un œil, dehors la vie s’anime ; la nuit a été fraiche mais sous notre montagne de couvertures nous n’avons rien senti des températures qui ont bien chuté pendant la nuit. Très vite l’animation gagne la pièce d’à côté, quelqu’un allume le feu et on nous dépose un thermo de thé bien chaud au pied du lit. Nous sommes tellement choyés depuis hier après-midi. Je reconnais bien là cette générosité birmane qui nous porte depuis notre arrivée au Myanmar, ils ont si peu et donne temps… Leur vie nous paraît si difficile et ils ne sont que sourire…

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A côté de moi, je sens bouger, une tête sort des couvertures « On dort trop bien sur des nattes parterre ! Vous voyez on n’a pas besoin de lit finalement ! » nous dit Lily au réveil.

Note pour le retour : acheter des nattes pour la chambre de Lily et lui faire relire au besoin cet article 😊

 

7h – Lily et Jonas sont déjà dehors, le jeu a déjà repris de plus belle avec les enfants du village. Ce sont des scènes et des moments comme celui-ci qui nous font dire que nos priorités et nos rythmes effrénés ne sont pas les meilleurs. Nous sommes là et rien d’autres ne compte à cet instant.

 

« Are you ready ? » nous demande Lin Nwe.

« Non pas déjà maman ! On est trop bien ici ! » Je les comprends mais il est temps de partir ; et puis aujourd’hui rappelez-vous les enfants « we go down ! » Quelques câlins, quelques bisous pour certains, des petites mains nous font encore signe alors que nous quittons le village. Yin Pya, un de ces villages qui mériterait tellement plus d’attention.

 

Nous ne sommes partis que depuis quelques minutes que mon pied s’enfonce dans un trou, « aïe ! » La descente ne va pas être aussi facile que ce que je pensais ce matin… Ludo décide de m’alléger de mon sac et nous décidons de poursuivre.

Ce matin sur notre chemin, c’est plusieurs villages que nous traversons ; tous appartiennent à la même tribu des Taung Yo. Notre guide nous rappelle que chaque ethnie possède son identité culturelle : une tenue traditionnelle, des coutumes, des mœurs et un dialecte particulier. Cette ethnie se situe dans l’Etat Shan, la région autour du lac Inle.

Dans un de ces villages, des hommes s’affairent à construire un bassin de rétention d’eau avant la saison des pluies, l’eau manque cruellement ici. Plus loin à la sortie d’un autre village, Lin Nwe nous parle des croyances des Taung Yo devant un monticule de cailloux. Nous apprenons que les Nat sont vénérés ici en plus de leur croyance bouddhiste.

 

Plus tard, pendant « un break », Lin Nwe nous expliquera également que la scolarisation des enfants s’arrête au primaire dans ces villages vers 13 ans, ensuite ils rejoignent les parents dans les champs puis se marient vers 16 ans. « Mais tu n’es pas marié toi ! » s’exclame Lily. Lin Nwe précise à Lily que cela concerne la majorité des enfants mais pas tous. Heureusement…

Lui a préféré quitter son village et descendre tenter sa chance comme il dit à la ville, il a 21 ans et semble avoir déjà beaucoup vécu. J’ai encore le temps pour me marier ajoute-t-il en direction de Lily. Quand j’aurai un métier qui peut faire vivre ma famille, je me marierai finit-il par nous dire avant de repartir.

La fin de matinée approche et nous apercevons le lac Inle à l’horizon, une bonne nouvelle ! La chaleur d’hier nous a rattrapé et j’attends avec impatience la pause déjeuner pour laisser poser mon pied.

 

 

« How many times ?! » questionne une nouvelle fois Lily. Lily a démarré son chrono sur sa montre et Lin Nwe joue un « contre la montre » avec elle maintenant 😉 Au fur et à mesure que nous progressons, il s’amuse avec elle en lui demandant le temps restant. Il faut avouer qu’il a bien joué, à quelques minutes près nous sommes assis à une table à l’ombre pour une pause bien méritée.

« Just one hour more » nous rassure une nouvelle fois Lin Nwe et il avait une nouvelle fois raison ! Quand nous le quittons devant notre hôtel, « nous sommes trop fatigués » dit Lily, « rincé » murmure papa, « enfin arrivés ! » crie Jonas ; « tout cassé » dit maman.

Ce soir quand nous nous couchons : « c’était trop cool papa de jouer avec ces enfants dans ce village, c’était trop bien maman de dormir parterre tous ensemble, c’était trop beau en haut de la montagne, c’était aussi trop dure mais c’était trop bien !! »

Alors oui, peut-être que ce trek n’offre pas les mêmes beautés que celui entre Kalaw et le lac Inle ; en fait, ce trek offre tout autre chose… Un merveilleux partage, un que nous ne sommes pas prêts d’oublier.

Petite note importante : je préfère rassurer tout le monde, à l’heure où j’écris cet article, j’ai récupéré l’usage de mon pied donc pas de panique ! Ludo ne porte pas sa femme et nos 54 kg de sac tout seul sur son dos ! 😉

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mon anniversaire au lac Inle… Par Lily.

Mercredi 21 février

Le matin de mon anniversaire, après avoir pris un bon petit déjeuner où Jonas m’a offert mon premier cadeau, nous sommes allés louer des vélos pour nous rendre dans un hôtel au bord du lac Inle. Pour se rendre à cet hôtel, il y avait 20 km que nous avons décidé de faire à vélo.

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Nous sommes allés dans six magasins pour essayer de trouver des vélos. Les deux 1er magasins les vendaient, le 3ème magasin n’en avait pas pour Jonas, le 4ème n’avait que deux vélos, le 5ème avait des porte-bagages où avec Jonas nous aurions pu monter mais il fallait ramener le vélo le soir et le 6ème avait des porte-bagages pour Jonas, avait assez de vélos et en avait même un pour ma taille. Mais quand je l’ai essayé avec papa le vélo s’est mis à trembler et j’ai eu peur.

Alors, nous sommes retournés dans le 3ème magasin en espérant qu’il ait des porte-bagages pour Jonas et un vélo à ma taille. Quand nous sommes arrivés devant le magasin, nous avons vu qu’il avait tout ! Cette fois j’ai réussi à en faire et il m’allait très bien. Nous avons loué trois vélos pour deux jours.

 

Nous sommes partis quelques heures après avoir mangé et préparé nos sacs.

 

 

Nous avons mis deux heures en comptant les pauses pour arriver. Des moments nous nous arrêtions pour reposer nos jambes, des fois Jonas descendait du vélo de maman ou de papa et courrait à côté de nous.

 

 

Arrivés à l’entrée de l’hôtel, nous avons dû traverser plein de petit pont au-dessus du lac pour atteindre la réception. Nous sommes passés devant un immense arbre où dedans il y avait des milliers de hérons.

 

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Nous avons enfin posé nos vélos et le personnel nous a montré notre bungalow. Il était très joli et dedans il y avait une BAIGNOIRE ! Je n’avais jamais vu une baignoire dans un bungalow. Ensuite, papa et maman se sont installés sur la terrasse en attendant le coucher du soleil. Nous avec Jonas, nous sommes partis visiter l’hôtel et nous avons fait une vidéo pour vous le présenter.

 

 

Le soir, à la fin du repas, maman et Jonas sont allés à la chambre ; maman m’avait dit que c’était pour aller chercher un gâteau pour Jonas comme un dessert. Ils se sont cachés sans que je les voie derrière le comptoir du restaurant.

Maman et Jonas sont sortis du comptoir avec une pile de Ferrero-Rocher avec des bougies dessus pour remplacer un gâteau qu’il n’avait pas trouver. Mais en même temps que maman et Jonas arrivaient, tout le personnel de l’hôtel s’est approché de l’autre côté, un monsieur qui faisait partie du personnel jouait de la guitare et ils chantaient tous « Happy Birthday to you, Happy Birthday to you… »

Ils portaient un gros gâteau et avec des crayons patissiers, ils avaient écrit « Happy Birthday Lily-May » dessus. J’étais trop contente, je ne savais pas quoi répondre. Je me suis demandée comment ils avaient su que c’était mon anniversaire, papa et maman n’avaient rien dit, puis j’ai compris qu’ils avaient regardé mon passeport. Alors j’ai pensé « il faut toujours donner tous les passeports en arrivant dans un hôtel ! »

Après que nous ayons commencé à manger le gâteau, une serveuse est arrivée avec un sac en tissu bleu, il y avait dessus des bandes multicolores, au milieu une fleur de lotus rouge et les initiales de l’hôtel. Je ne pensais pas du tout qu’ils me feraient un cadeau d’anniversaire. Pour les remercier, je suis allée leurs faire un câlin et je leurs ai donné un Ferrero-Rocher. Papa et maman m’ont offert une veste que j’avais trouvé jolie au Laos.

 

 

Le lendemain matin de mon anniversaire, après le petit déjeuner, avec Jonas nous sommes descendu sur le pont devant la terrasse de l’hôtel pour ramasser des escargots. Nous en avions ramasser plein avant que papa et maman nous disent de préparer nos sacs pour partir. J’étais un peu triste car nous ne pouvions garder qu’un escargot chacun.

Après avoir préparer nos sacs, avec Jonas nous sommes allés choisir nos escargots, ensuite nous sommes allés manger au restaurant puis nous sommes partis. Au début nous avons pris la même route qu’à l’aller mais nous nous sommes après arrêté dans un village. Maman nous a dit que nous allions prendre une barque pour traverser le lac et aller sur l’autre rive.

A ce moment là je me suis demandée comment ils allaient faire pour mettre nos trois vélos dans la barque sans qu’on coule ! Voici la réponse.

Le monsieur nous a fait monter à bord et quand nous étions tous installés, il a entassé les vélos à l’avant. Il les avait posés les uns sur les autres. La traversée a duré 30 minutes. Quand nous sommes arrivés sur l’autre rive du lac, le monsieur nous a aidé à décharger les vélos.

 

« C’était un de mes meilleurs anniversaires que je n’ai jamais passé ! » dis je à papa et à maman dans la chambre le soir. C’était vraiment génial ! J’ai adoré mon anniversaire au lac Inle. FIN.

Lily.