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« Mindfull Farm », un woofing mais pas que…

« Maman, pourquoi tu pleures ? Tu es triste ? » … « Non Lily, je suis heureuse… » C’est difficile à croire quand on est enfant qu’on puisse pleurer de joie. Ce matin, dans ce songthaew qui nous ramène à Chiang Mai, c’est encore un peu de la ferme qui est avec nous ; Shay, Tomer, Melanie, Giovana, John, Sophie, leurs sourires, cette gentillesse et cette joie. Cette joie que je vois sur le visage de Lily et Jonas et qui me fait pleurer. Ce matin, hier soir et les jours d’avant, c’est un concentré de tout cela que nous avons vécu dans cette ferme woofing au nord de la Thaïlande. En voici le récit.

 

Lundi 29 janvier

Et pourtant ce matin-là, tout pouvait déjà basculer… 

7h30 – Nous arrivons à l’arrêt du songthaew qui doit nous conduire jusqu’à notre ferme « Mindfull Farm » à une soixantaine de kilomètre au nord de Chiang Mai. Les songthaew sont des sortes de pick-up avec deux rangées de sièges à l’arrière. « C’est bien c’est tout ouvert ; je ne serai peut-être pas malade comme ça ! » dit lily. J’espère… car la route qui nous mène à la ferme s’annonce plutôt tortueuse, un trajet de 3h pour une soixantaine de kilomètres…

 Hier, nous avions préféré venir repérer les lieux, « Only one bus go to the farm per day ! » nous avait prévenu Noriko par message. Oui autant faire les présentations tout de suite, « MindFull Farm » c’est avant tout Pi Nan, son fondateur et le papa de cette famille, un ancien moine bouddhiste, Noriko la maman et Nobara leur fille de 6 ans. C’est cette famille thaïlandaise qui nous accueille pendant 4 jours en mode woofing.

Woofing = proche cousin du couchsurfing, c’est une solution de tourisme alternatif. En échange de l’hébergement et des repas, on retrousse ses manches et on participe aux travaux dans une ferme d’agriculture biologique.

« 8 a.m ! » nous avait prévenu le chauffeur hier ; sauf que nous aurions dû préciser que nous allions bien aprèsS amoeng… La ferme est à une heure de route après Samoeng ! Quand je montre au chauffeur le nom de la ferme, elle secoue la tête « No, no, no… »  Moment de doute… C’est pourtant bien ici qu’on doit prendre ce pick-up mais à quelle heure ?! Levés depuis 6h, nous n’avons pas déjeuné et nous sommes là assis sans trop savoir. quoi faire. Noriko nous sort de ce flou, « only one pick-up to Mindfull Farm at 11h30 ! » nous répond-elle par message.

Bon ok, je résume la situation, 6 sacs, 2 enfants déjà fatigués et affamés, 1 papa sans café et 1 maman qui perd déjà patience… pas très bouddhiste tout ça ! » Il nous reste 4h à attendre alors autant le faire en meilleure condition, nous décidons de chercher un café où patienter.

 

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11h –  Nous voilà de retour à notre arrêt pick-up, « Mindfull farm ? » nous demande un chauffeur. « Yes !! » Le chauffeur charge les sacs sur le toit et nous explique que nous devons patienter jusqu’à midi. On n’est plus à 30 minutes près 😉 Avec Lily nous partons en quête de « quelque chose à manger dans le pick-up » pendant que papa et Jonas surveillent les sacs.

12h – C’est parti ! Dans le pick-up, nous faisons connaissance avec d’autres volontaires, Angela une danoise qui vit au Japon, Julia une allemande, Camille une jeune française et Patra une hongroise. L’ambiance est donnée, un joli mélange de culture, de croyance et de personnes nous attend. Nous quittons rapidement l’effervescence de Chiang Mai pour laisser place aux paysages de campagnes, collines, rizières, verdure, la vue est déjà apaisante. 

15h – « You are arrived ! Mindfull Farm ! » nous annonce le chauffeur qui monte sur le toit pour descendre nos sacs. « But where is the farm ?? » … « Just over there ! » nous répond le chauffeur en nous montrant un chemin.

 

Autour de nous des maisons en bois, une jeune fille assise dans une cours avec un bébé dans les bras, plus loin une grand-mère qui semble ailleurs, puis le chemin s’arrête. Des escaliers descendent jusqu’à une rivière, nous la traversons sur un pont de bambou et là un magnifique spectacle… Des rizières et au loin une ferme, on ne peut rêver mieux comme cadre, ici le temps semble s’être suspendu.

 

Le terrain de la ferme est grand, sur plusieurs niveaux, aménagés de différents espaces ; certains pour cultiver des légumes, des arbres et des fleurs, plus haut une pépinière, encore plus haut des espaces d’habitation, un espace pour le yoga et la méditation, des douches à ciel ouvert… A peine sommes-nous arrivés que Lily et Jonas ont déjà disparu. « C’est génial papa, maman, ici !! » Ils courent dans tous les sens, ça y est ils se sentent déjà chez eux. 😊

 

Puis nous découvrons notre chambre, nous avons beaucoup de chance, Pinan et Noriko nous ont gardé un petit bungalow en bois fermé. Fermé ??… Pourquoi ? Oui ici la plupart des couchages sont en plein air et je vous avoue bien sincèrement qu’après notre première nuit ici avec toutes nos couches de couvertures que le toit et les murs ne sont pas optionnels ! Nous sommes d’ailleurs impressionnés par la variation de températures, il fait si chaud la journée et si glacial la nuit. « Maman, j’ai mon bout du nez tout froid… » se plaint Lily la nuit, « Papa, serre-moi j’ai besoin de ta chaleur » dit Jonas. Les nuits, nous dormons à 4 dans un lit deux places, en mode « chaleur humaine » ! La dernière nuit avant notre départ, certains volontaires iront même jusqu’à dormir près du feu à la belle étoile collés les uns aux autres 😉

Ici, à la ferme, les journées sont rythmées et organisées autour des repas et des travaux. Dès notre arrivée Pi Nan nous emmène découvrir son « big project » comme il dit. Pi Nan veut agrandir son dernier potager, pour cela il faut creuser, bêcher et déplacer une quantité de terre pharaonique. « Are you ok to do that ? » … Jonas a déjà une pioche à la main, Lily un seau ; ils sont déjà à la tâche. Dit comme ça, on pourrait imaginer « être à la mine » ! Non pas du tout, comme le dit Pinan, nous pouvons nous reposer quand nous en avons besoin, « if your body don’t want to work, you can rest ! »

 

Ce soir, c’est notre premier repas et une chose importante à savoir, c’est qu’ici l’alimentation en plus d’être bio, elle est exclusivement vegan, on ne mange rien qui ne provienne des animaux. Nous étions au courant en venant, nous avions pris le temps d’en parler avec les enfants mais avec appréhension « Que vont manger Lily et Jonas … ?! »

J’ai encore en mémoire ces 4 jours sur le bateau en Indonésie où Jonas ne s’est nourri que de riz. J’espère secrètement que ce ne soit pas le cas… Semaine de diète ou pas alors ? Durant ces quatre jours, nous avons très bien mangé même découvert des nouvelles saveurs. « Non mais maman, j’en ai marre du riz… J’ai envie de manger autre chose ! » se plaint Jonas le troisième jour. On a beau essayé, rien de marche, Jonas ne veut rien manger d’autres, il essaiera pourtant de goûter.

Une petite visite du village à côté de la ferme « requinquera » nos deux jeunes fermiers le troisième jour. Quand nous arrivons à la seule épicerie à l’entrée du village, une douce odeur de barbecue leur monte aux narines ! Devant l’épicerie, des cuisses de poulet et quelques saucisses sont en train de griller. Nous étions venus ici dans l’idée de leur offrir une pause goûter avec une petite glace… Mais après la glace, leurs regards ne quittent plus le barbecue… « Papa, s’il te plaît, on peut avoir une cuisse !! » 

Si vous aviez vu leurs regards et leurs sourires assis devant cette épicerie ce jour-là, je pense que c’est le meilleur goûter qu’il n’ait jamais eu depuis notre départ. « Non mais maman, tu n’imagines même pas comme il est bon le poulet ! »

 

« Mais vegan, cela donne quoi au petit-déjeuner ? » me demande une amie. Nous avions droit à un vrai repas complet avec du riz, de la soupe, des fruits et des légumes. Ici, le café tu oublies, ce n’est pas bon pour le corps 😉 ! Bon ok, Ludo a bien trouvé un autre volontaire avec qui il a pu « fabriquer » son café !

Le petit-déjeuner fini, c’est débarrassage et vaisselle, Ananda, le professeur de yoga et volontaire à la ferme, m’explique qu’à défaut de produit vaisselle, on peut également se servir de la cendre « c’est assez efficace » ajoute-t-il. On se retrouve ensuite pour se répartir les tâches de la matinée : « the big project with the garden, the strong work ! » comme dit Pinan, pour ceux qui ont envie de creuser et casser des cailloux ; la pépinière et le potager pour ceux qui préfèrent planter, semer, entretenir le potager, le jardin avec les nouveaux semis sans oublier les nouveaux projets. Au cours de notre séjour, il décidera d’aménager le tour de l’étang avec un petit chemin et quelques plantations.

 

A 11h, quelques volontaires participent à la préparation du repas avec deux femmes du village qui sont là la journée. « Can I help you ? » demandais-je timidement le dernier jour. L’une des deux femmes me fait signe que oui, elle me tend un saladier et un couteau, à l’intérieur cela ressemble à des champignons… Quel bonheur d’être là assise-là, je coupe, je pille, je rince, j’observe, « What’s this… ? » Je ne comprendrai pas tout ce que j’ai cuisiné ce matin-là ; champignons, citronnelle, garbage, papaye, durian, des pâtes de riz et que sais-je encore… Un doux moment parmi tous les autres ici dans cette ferme.

 

L’après-midi jusqu’à 15h, on se repose, certains préfèrent rester seul, lire, écrire, partir en promenade, d’autres se retrouvent au bord du lac à quelques pas de la ferme.

 

En fin d’après-midi, on retrouve quelques volontaires dans les potagers, ils arrosent, poursuivent des plantations ou bien viennent ramasser quelques légumes et fruits pour la préparation du repas du soir. « What can I cook ? » avait demandé un soir Julia à Pi Nan, j’étais en train de désherber le coin des lemongrass près de lui, et Pi Nan de répondre « All you have, you can eat, if you don’t have you don’t eat.. » (traduction : Tout ce que tu trouves, tu peux manger ; ce que tu n’as pas tu ne peux pas le manger…) Je me souviendrais toujours de cette phrase dite simplement et le regard perdu de Julia dans le potager, parce que cuisiner avec des légumes que nous ne connaissons pas ce n’est pas si simple. Pourtant le résultat a toujours été si bon ! Bon ok, sauf deux ou trois plats quand même 😉

Cette ferme vit, se construit, évolue chaque jour, chaque mois. Beaucoup de volontaires reviennent d’ailleurs d’année en année comme David, cet allemand dont nous faisons la connaissance. La première fois, il y a quelques années, il a passé un mois ici, puis il est revenu les années suivantes quelques jours à chaque fois. David nous explique que c’est la meilleure ferme qu’il connaisse dans le secteur. Chez Pi Nan, la vie est douce, tu travailles librement à ton rythme.

« Slow Life », c’est vraiment le sentiment que nous avons depuis notre arrivée. Et Pi Nan défend bien cet art de vivre ; « Simple Life » comme il nous explique un matin après le petit-déjeuner. « No ego, no attachment, no desire… », manger à sa faim, avoir un toit où dormir en sécurité avec sa famille et une santé. Pourquoi vouloir plus… Toujours plus ? Et Pi Nan nous conte alors une de ces histoires qu’il connaît d’ici en Asie ou d’ailleurs dans le monde, l’histoire d’un village, d’une personne ou tiré d’un de ses livres pour mieux nous faire comprendre son message ; parce que venir à la « Mindfull Farm » ce n’est pas que travailler à la ferme, que ce soit le matin à 6h30 avec un cours de yoga, dans la journée lors d’un partage comme celui-ci avec Pi Nan ou le soir à 20h30 après la méditation, Pi Nan aime partager des valeurs comme la compassion, la joie de vivre, le bonheur dans l’instant… Et il le fait si bien… Je ne peux oublier son sourire et son visage qui s’illumine dans ces moments-là, un homme généreux et sensible, une de ces rencontres de voyage qui nous fait dire encore une fois que ce voyage est une belle promesse.

 

Dans cette ferme, des jolies « découvertes » nous en auront tellement…

Durant nos 4 jours, nous rencontrerons des personnes de diverses nationalités : allemands, américains, brésilien, israéliens, anglais, danois, français… tous ici avec des motivations différentes, renouer avec la nature, découvrir, se redécouvrir, partager, méditer… Pour échanger, l’anglais reste la langue commune.

J’aimerai pouvoir vous raconter des tas d’anecdotes et discussions que nous avons pu avoir autour d’un repas alors que Lily apprend à compter en hébreux avec Shay ; autour de ce feu de camp le soir en observant cette magnifique éclipse de lune ; dans le potager – et là je repense à notre matinée et nos rires avec Julia dans le « strawsberry kingdom » à bécher et nettoyer tout autour de ces fraisiers – pendant la préparation des repas le soir entre nous  – nous nous souviendrons longtemps de ces frites improvisées avec Ananda qui voulait faire plaisir aux enfants, « french fries !!… so good ! » s’étaient émerveillés les autres volontaires en les découvrant –  l’après-midi au bord du lac avec Angela qui s’amusent à se déguiser en guerrière comme Lily avec la terre ou le soir après le repas quand Lily et Jonas rejoignent Nobara, la fille de Pi Nan et Noriko dans leurs maisons pour jouer ensemble jusqu’au coucher ; il y en a tellement des moments comme ceux-là que je ne peux tous vous les conter.

 

Des moments inoubliables, des moments qui encore aujourd’hui me mettent les larmes aux yeux… Comment imaginez qu’un tel séjour nous ait tant touché penserez-vous peut-être ? C’est simple, nous n’avions pas besoin de plus que ce que nous avions… J’imagine sourire Pi Nan en lisant ces quelques mots… Parce que oui, dans cette ferme, nous avons vécu simplement, partagé intensément et rit joyeusement. « Simple Life is the great Life » oui Pi Nan tu as raison.

 

Vendredi 2 février

« Maman, pourquoi tu pleures ? Tu es triste ? » … « Non Lily, je suis heureuse… » … Vous l’aurez compris nous sommes sur le retour et je n’ai rien à ajouter de plus que ces merveilleuses vidéos. Lily nous fredonne encore une semaine après cette délicieuse chanson israélienne. « Maman toute ma vie je me souviendrais de ce moment avec Shay, maman on pourra aller en Israël pour visiter le pays de Shay et revoir Shay… ? » …. Oui Lily, nous y irons.  

 

La vidéo version « apprentissage en hébreu » 🙂

 

Et la  version anglaise 🙂

 

 

  • Pour vivre une expérience unique, c’est ici 

http://www.mindfulfarmers.org/