Laos – Le plateau des Boloven, entre cascades et caféiers.

Jeudi 28 décembre

Qu’on aime le café ou qu’on soit fan de cascades, le plateau des Boloven est une région incontournable lors d’un voyage au Laos. C’est ici dans le sud du Laos, à 50 km de à l’est de Pakse que les thaïs et les laotiens viennent se ressourcer. L’air y plus frais, le climat y est plus agréable que dans la plaine. Quand on prend la route dans cette direction, on ne s’attend pas aux paysages somptueux qui nous y attendent… Découvrez-les avec nous…

L’idéal pour découvrir ce plateau, c’est un road-trip sur 5 jours. Mais un road-trip avec deux enfants, je ne me sens pas. « Tu as fait beaucoup de progrès maman avec le scooter ! » me dit encore Jonas fier de moi 😉 Progrès ou pas, nous ne préférons pas nous aventurer tant une telle expérience !

Il existe deux boucles pour explorer ces merveilles. La première permet de voir en deux ou trois jours les principaux centres d’intérêt du plateau des Boloven en s’arrêtant à Tad Lo au nord et à Paksong au sud. La grande boucle comprend quelques chemins de terre et des cascades en plus.

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« Qu’est-ce qu’on décide… ? » La carte sous les yeux, le ‘Lonely’ en main, nous cochons les sites que nous voulons voir, nous tranchons sur les autres, nous esquissons notre route. C’est décidé ! Nous louerons un scooter pour faire le début de la petite boucle de Pakse à Paksong sur une journée ; puis nous rejoindrons Tad Lo en bus pour plusieurs jours, petit village à partir duquel nous découvrirons l’autre partie de la boucle.

Partie 1 – De Pakse à Paksong

C’est donc après un copieux petit-déjeuner chez Noï que nous partons vers Paksong pour notre mini road trip. 30 km environ nous sépare de Paksong. Nous n’envisageons pas d’aller jusqu’à cette petite ville qui ne présente à priori aucun intérêt, c’est la route qui y mène qui nous importe. Non loin de Paksong, de nombreuses chutes impressionnantes dévalent le plateau, les plus fréquentées et accessibles étant Tat Fan et Tat Yuang ; vous l’aurez compris « Tat » signifie « cascade » en laotien.

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Nous ne sommes partis que depuis quelques kilomètres et nous apercevons déjà ces caféiers qui couvrent le plateau. Il faut savoir qu’avant l’arrivée des colons français, le plateau était peu exploité ; son sol est pourtant si fertile. Les colons commencèrent alors à planter des caféiers, des hévéas et des bananiers.

 

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La plupart des planteurs français quittèrent le pays après l’indépendance dans les années 1950 et les autres suivirent lorsque les bombardements américains s’intensifièrent pendant la guerre du Vietnam – bombardements qui au passage nous étaient méconnus pour le Laos, bombardements qui ont causé de nombreuses victimes civiles et malheureusement encore aujourd’hui ! Mais cela fera l’objet d’un article à lui seul – laissant ainsi aux laotiens ces plantations.

Aujourd’hui, pour goûter un Kaa-Féh Lao – café laotien-  c’est ici sur ce plateau qu’il faut se rendre. Le haut plateau des Boloven est idéal pour la culture du café et la région produit des grains parmi les meilleurs et les plus chers de la planète. « C’est papa qui va être content ! » me dit Lily en route « Lui qui boit presque une cafetière le matin ! » 😊

Après l’introduction des caféiers sur le plateau par les français au début des année 1900, l’arabica typica fut envoyé en France par bateau et devint alors le « champagne des cafés ». Malheureusement à l’époque le projet de transformer les Boloven en un centre majeur de production de café fut anéanti sous les bombardements américains des années 60 et 70.

Le commerce du café commença seulement à prospérer dans les années 1990 dominé par quelques plantations et sociétés dont Dao Heung, la plus importante. Nous croiserons d’ailleurs ses bâtiments sur notre route.

 

Autour de nous des plantations à perte de vue, quelques villages et cette route en travaux. Nous alternons entre route asphaltée et route chaotique en terre. La terre est rouge, la poussière est rouge, nous sommes tout rouge ! « Pour un pays communiste… ! » dit Ludo en souriant.  

Km 13, une pause photo à mi-parcours. Devant nous, une école, plutôt un projet d’école financé d’après ce que nous voyons sur le panneau par la principauté de Monaco. Dans la cour, des enfants qui jouent, l’école donne plus l’impression d’un centre de loisirs … « Le niveau est très bas ici au Laos… » me dira-t-on plus tard. Et puis cette phrase entendue quelques jours plus tard dans un de ces villages du plateau qui me marquera « L’école ne permet pas de manger ; quand on va à l’école, on ne ramène pas de l’argent ! » … Je reste sans voix. Je comprends ce qu’ils me disent mais je ne peux l’accepter…

 

 

Sur notre route, nous traversons de très jolis villages, pauvres, parfois très pauvres mais charmants. Les abords des routes sont propres, les maisons sur pilotis en bord de route sont décorées de massifs de fleurs et au long toujours ces étals de fruits et de légumes qui donnent un air de petits marchés méditerranéens.

 

 

« Tu as vu le chemin toi qui mène à la cascade ?! » Autour de nous des caféiers, encore des caféiers, toujours des caféiers mais pas de cascades… Pas de cascades mais une petite coopérative de producteurs juste à côté de nous ! « Tu vas pouvoir le boire ton café papa ! » Nous décidons d’aller y faire un tour.

Ici, quelques petits cultivateurs ont décidé de se regrouper. J’apprendrais par la suite que ce type de petits exploitants sur le plateau gagnent moins de 0,50 $ le kg. Les grosses plantations et les sociétés comme Dao Heung domine le marché. Se regrouper en coopérative c’est pour ces petits cultivateurs se permettre d’avoir un peu plus de poids, c’est se permettre de voir son niveau de vie progresser un peu.

A l’entrée de la coopérative, quelques tables pour s’asseoir et déguster le « graal » 😉 Cette coopérative n’a pas que des caféiers, elle cultive également des épices comme de la cannelle, des clous de girofle, de l’anis… et du thé, du thé blanc, du thé noir, du thé vert et du thé rouge que nous ne connaissions pas.

Quand je m’approche pour passer commande, la dame m’explique que nous pouvons aller visiter les plantations derrière la bâtisse, « But be careful with the bees ! » Effectivement, autour des caféiers, des ruches sont installées. « Nouveauté ! Miel aux fleurs de café ! » lisons-nous sur un écriteau quand nous revenons à l’entrée. « Tu crois que le miel à une saveur de café ? » Je suis curieuse. Malheureusement aucune possibilité d’y goûter sans en acheter 

 

« Where is Tad Yuang » tentais-je auprès de la dame à l’entrée. « Just here ! » me répond-elle en me montrant la prochaine route sur la droite. Nous n’étions pas si loin 😉 C’est en repartant de la cascade que nous apercevrons l’immense panneau sur la route 16 signalant l’embranchement, quelques centaines de mètres après la coopérative. Nous n’étions effectivement pas si loin !

Tad Yuang n’est pas aussi spectaculaire que Tat Fan, mais elle reste impressionnante. Pour y accéder, un péage de 10 000 Kip par personne et 5 000 Kip par scooter, nous paierons 30 000 Kip au total, ils ne nous demanderont rien pour les enfants.

 

Au somment de la cascade, une aire de pic nique. « Tu crois qu’on peut se baigner ici papa ? » demandent Lily et Jonas. J’espère 😊 Avec ses deux torrents qui tombent sur près de 40m dans la jungle, le spectacle est extraordinaire. « Houlala… maman ne va pas aimer les escaliers !! » crie Jonas. Non, maman ne va pas aimer, c’est certain…

 

« Regarde Lily !! Ils se baignent en bas ! » crie Jonas. Excités, surexcités, ils auraient pu finir la descente presque sur les mains ! Je n’ai rien le temps de dire qu’ils sont déjà dans l’eau. « Is it cold ? » demande Ludo à un couple qui sort de l’eau. « Very cold ! » Pourtant cela ne les arrête pas… !

 

A seulement 2 km de Tad Yuang nous attendent une spectaculaire surprise ; deux bras jumeaux traversent une épaisse forêt primaire et plongent sur plus de 120m, les cascades de Tat dan. De notre point de vue au Tad Fane Resort, nous ne parvenons même pas à apercevoir le bas des chutes.

 

« Il y a une tyrolienne qui passe au-dessus de la cascade, regarde papa ! Ca a l’air trop bien ! » crie Lily. « Vous oubliez ! » C’est impensable. Quand je vois la hauteur de la cascade et le précipice en dessous, je n’arrive pas à croire que certains puissent traverser ce vide ; et pourtant… Ce jour-là, nous ne verrons partir personne mais quand avec Ludo nous cherchons sur internet, il y a bien quelques « fous » qui ont filmé !

 

La fin d’après-midi approche et notre mini road-trip avec ; avant de repartir nous décidons de faire une pause dans l’un des villages sur la route du retour. A l’aller, nous avions remarqué que les villages fonctionnaient comme des corporations, le village du tissage de l’osier, le village des forgerons, le village de sculpture sur bois… Chacun a sa spécialité. « Ils font comme avant au moyen-âge ! » m’avait dit Lily le matin en voyant des forgerons travailler.

C’est dans ce village que nous nous arrêterons au retour. Jonas observe consciencieusement les gestes du forgeron, Lily curieuse, s’approche. Ce matin en venant, nous avions remarqué à plusieurs reprises au bord de la route, des grands draps sur lesquels « quelque chose » séchait, sans trop savoir ce que c’était. A côté du forgeron, une femme coupe ce « quelque chose ». « Manioc ? » lui demandais-je, elle me fait signe que oui. « Ça sert à quoi le manioc ? » demande Lily. Nous apprendrons quelques jours plus tard sur Tad Lo qu’ils en font des « noodle », ces pâtes longues et fines que l’on mange en soupe ici.

 

Partie 2 – Pakse à Tad Lo

« On a combien de temps de bus ? » demande Jonas ce matin. Cela fait 5 jours que nous n’avons pas pris de bus, cela nous manquait presque… D’autant que ce matin, nous ne pouvons pas faire plus local que ce bus… « Ah non maman… S’il te plaît ! Ca sent trop mauvais là-dedans !! »

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Pour rejoindre Tad Lo, nous n’avons pas le choix, c’est bus local ou … bus local ! De la gare routière sud de Pakse, nous sommes seulement à 86 km de Tad Lo. « Juste 2h30 environ Lily, ce ne sera pas long… » Enfin j’espère ! Le bus est dans un état… « On a de la chance, il n’y a pas d’animaux qui montent dedans ! » Lily me jette un timide sourire. Jonas ne dit rien. Il attend seulement que le bus démarre pour avoir l’autorisation de prendre la tablette pour regarder un dessin animé.

 

Au début nous pensions que ces temps de transport seraient des occasions pour des temps d’école, mais ça c’était avant ! Parce que faire école dans les conditions de route ici, on oublie. Ces temps de transport sont donc devenus aujourd’hui des temps pour écouter de la musique, pour regarder un dessin animé, pour manger des sandwichs au kiri ou pour faire de gros câlins aux parents comme dit Jonas😊

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Tad Lo, c’est une petite bourgade avec un cadre enchanteur. Ici, quand tu y viens, tu ne sais pas quand tu repars, d’après ce que j’ai lu. C’est d’ailleurs le cas de Loïc. « Ca veut dire quoi Fandee Loïc ? » lui demande Lily. « Fandee » signifie « bonheur » et c’est chez lui dans sa « Fandee Guesthouse » que nous séjournerons.

Dès notre arrivée nous ressentons la sérénité qui règne dans ce village ;le temps paraît fonctionner au ralenti ici. Je comprends que Loïc ait posé ses valises ici il y a 5 ans. Loîc, c’est un ch’ti, vendeur sur les foires qui voyageait ici et là avec son sac à dos dès qu’il le pouvait ; et puis un jour ce coup de cœur à Tad Lo. Il y reviendra chaque année pendant 4 ans pour ne plus en repartir. « Les villageois sont très attachants, je m’y suis senti comme chez moi et la vie y ait si tranquille… » nous dit-il avec un grand sourire.

 

« Fandee Guesthouse » ils l’ont construite de toute pièce avec Laure sa compagne, avant c’était un champ à bétails. Cinq bungalows en bois, une grande pièce commune avec une cuisine et « Fandee » est née. Mais Loïc ne compte pas s’arrêter là, il faut savoir que les concessions ici au Laos, on les loue pour une durée déterminée auprès du propriétaire de la parcelle ou du bâtiment, le propriétaire décide ou non de renouveler ensuite le « bail ». Vous pouvez donc vous retrouver au terme à devoir tout laisser et repartir, c’est le risque. « Fandee Family » c’est l’autre projet de Loïc. Depuis son arrivée à Tad Lo, il a été touché par la très grande pauvreté de certaines familles et des conditions de vie pour certains enfants. Avec Laure, ils ont décidé de leur apporter leurs aides en parrainant certains de ces enfants. Ainsi, ils assurent les soins, la nourriture et l’accès à l’éducation, ils suivent leur scolarisation à l’école du village et leurs donnent quelques cours d’anglais. Les enfants viennent régulièrement à la guesthouse pour y dormir dans une chambre qui est leur chambre et pour y manger le soir. Mais pas que ! Quand je vois ce matin là arriver en courant ce petit laotien qui se jette dans les bras de Loïc, je me dis qu’ils viennent y chercher aussi de l’affection et une attention. J’en ai encore les larmes aux yeux quand je repense à cette scène.

Une merveilleuse idée, une riche idée ai-je envie de te dire Loïc ; riche d’amour. Loïc le sait et « non vraiment je n’ai plus envie de rentrer en France, je suis bien ici. » nous confie-t-il un soir.

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Tous les globe-trotters ne sont pas comme Loïc, la plupart arrivent sur Tad Lo pour les chutes d’eau qui sont la raison d’être de cette bourgade. Il y en a trois ici, Tad Hang la plus proche, Tad Lo et Tad Soung. Du village, on accède très facilement à pied aux deux premières.

Les chutes de Tad Hang sont visibles depuis le pont à « deux pas de là » me dit Ludo, déjà parti exploré les lieux. Encore une fois, je n’ai pas le temps de dire « pensez à vos maillots ! » que Lily et Jonas sont déjà partis en direction des chutes avec papa 😉 Dans ces chutes, on peut s’y baigner comme le font la plupart des gens du coin mais pendant la saison sèche, les responsables du barrage relâchent en amont de l’eau en fin de journée, doublant ainsi le débit de la cascade. C’est impressionnant !

 

 

Les chutes de Tad Lo, quant à elles, sont à environ 700m en amont. Elles sont un peu plus grandes que Tad Huang mais guère impressionnantes. Pour y aller, nous suivrons le sentier qui longe la rive ouest de la rivière.

 

« Les enfants vont avoir une belle surprise ce soir ! » me lance Loïc… « il y a une famille qui arrive avec deux enfants, ils pourront jouer ensemble. » Je souris car je sais qu’il a raison, ils vont être contents ! Lily et Jonas sont en manque de leurs amis « de France » comme dit Jonas. Cela fait deux jours que Jonas tente de jouer avec « Choï » un laotien de son âge mais la communication reste très difficile, « Choï » ne parle que trop peu anglais alors le mime prend tout son sens 😊

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Aujourd’hui quand je repense à cette surprise dont parlait Loïc, je me dis que la surprise n’était pas que pour Lily et Jonas… Ce soir-là, nous avons fait une merveilleuse rencontre, la magie des voyages 😊 Un peu de patience… Je vous en parlerai mieux dans notre prochain d’article. C’est d’ailleurs avec cette jolie famille belge que nous partirons découvrir notre dernière cascade de Tad Soung le lendemain.

 

 

 

 

 

2 réflexions sur « Laos – Le plateau des Boloven, entre cascades et caféiers. »

  1. cc les loulous ! bon j’ai repris mon voyage mais g encore quelques kilomètres a faire avant de vous rejoindre au Laos ….je reprendrai demain . Ici tout va bien, je vois que les aventures continuent mais que tout le monde va bien tant mieux . je vais choper le mail de ma copine Lan afin qu’elle puisse vous suivre …on vous embrasse très fort on vous aime

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